Yes Man !

Yes Man !

Les gens doivent certainement me prendre pour une folle. En piste, je parle tout le temps à mon cheval. Parmi les fanas de dressage qui préparent leurs concours, cela dénote légèrement. Mais je ne lui parle pas de la pluie ou du beau temps, je lui parle pour communiquer; soit le féliciter : « ouiiii ! » « bravooo ! » « t’es le plus beau!« , soit pour le rassurer, le ralentir : « Doucement » « c’est tout !« , soit le corriger : « non !« . Evidemment, pour chaque injonction, mon intonation change. Lorsque ce n’est pas bien, c’est un « non ! » sec et grave, qui vient de mon ventre. Pour le rassurer, ma voix est posée, calme, neutre.

Mais ce que je préfère de loin, c’est le « oui !« . Le « oui ! » c’est une formule magique gardée secrète pour on ne sait quelle raison par on ne sait qui. Souvent, il m’arrive de dire « oui » pour chaque pas juste. Je dis « oui » quand ce que je lui demande est nouveau et qu’il a fait un effort dans cette nouvelle direction, il a essayé. Parfois, c’est juste un ressenti, on sent qu’il va y aller. Alors, pourquoi ne pas lui dire que, ce qu’il pense, c’est bien cela qu’il doit faire ?
Le « oui » nous met dans un état d’esprit hyper positif. On cherche tout ce qui est bon / bien, et on ne se concentre pas sur le mauvais. On finit alors plus souvent la séance le sourire aux lèvres que les larmes aux yeux.
Il est évident que dire « oui » sans changer son attitude n’a aucun sens. Le cheval ne comprend pas le français, il comprend notre enthousiasme, mais surtout notre gestuelle. Le « oui » s’apprend donc au cheval. On parle, c’est à la mode pour le moment, de « clicker training ». Et bien, c’est cela le « oui« , sans clicker et avec la voix. Au lieu de donner un bonbon pendant qu’on « clic », ici il suffit de dire « oui » (de manière enjouée de préférence) et de relâcher la pression, la demande.
Cette semaine, j’ai appris à un cheval le « oui« . A l’écurie, nous travaillons essentiellement des jeunes chevaux qui ne connaissent rien. Celui-ci ne comprenait pas que lorsque, à pied l’humain va quelque part, il faut céder et suivre. Nous étions dans la piste et on avait beau avoir quelqu’un derrière pour « pousser » le cheval vers la personne qui tirait, le cheval s’arrêtait après quelques mètres, perdu. J’ai pris la corde et, j’ai avancé. Evidemment il n’a pas compris et est resté là. J’ai tiré sur la corde, mais ça ne changeait rien. J’ai continué avec la même pression, en me déplaçant d’un côté et de l’autre, jusqu’à ce qu’il lève un antérieur: « OUIII ! » ai-je dit d’un ton enjoué (comme une maman pour son enfant qui fait ses premiers pas) et j’ai lâché la pression, la corde détendue. Il a reposé son antérieur. J’ai attendu un peu puis j’ai redemandé d’aller en avant. Il a fait quelques pas, j’ai encore récompensé par ma voix, et ainsi de suite. En 10 minutes le cheval s’arrêtait et me suivait « op commando ».
Quand je parle de relâcher la pression ou la demande, cela ne veut pas dire qu’il faut que le cheval arrête l’exercice demandé. Je vois beaucoup de cavaliers à la longe qui demandent le galop et lorsqu’ils disent « c’est bien« , le cheval repasse instantanément au trot, comme si « c’est bien » voulait dire « c’est fini« . Non ! C’est bien, ou « oui » veut simplement dire ce que ça veut dire, le cheval n’a pas à changer son attitude (justement, c’est bien! continue..), sauf à la demande du cavalier.
Ce qui est génial, c’est que la parole précède, en général, le geste, ce qui permet au cheval de savoir exactement à quel moment précis il était juste, à pied ou à cheval.
Mais il est vrai que ce n’est pas si facile de commencer à parler à son cheval. Vous le croirez ou non, j’ai eu un mal fou au départ. Je ne le faisais que quand il n’y avait personne dans le manège, et puis en chuchotant. Mais lorsque vous verrez que ça fonctionne (parce que oui, ça fonctionne!), que le cheval écoute et qu’il veut bien faire, on ne se retient plus. Lorsque je me tais, les oreilles de mon cheval vont dans tous les sens à la recherche de ma voix. A la longe sans enrênements, le « oui » me permet de le garder plus longtemps dans une position juste.

Mon cheval reçoit des « oui« , des « bravo« , des « t’es le plus beau » pendant la séance. Lorsque je mets pied à terre, je dessangle directement, c’est ça seule récompense après le travail, mais à mon sens, la meilleure. De mon point de vue, les bonbons et les carottes font plus plaisir au cavalier qu’au cheval.
Si vous êtes content de votre cheval pourquoi ne pas le lui dire sur le moment ? C’est ça, profiter de l’instant présent.
Qu’en pensez-vous? Commentez et dites-moi.
Que votre journée soit belle!

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